La toxoplasmose : connaître le risque pour ne pas avoir peur de son chat.

La toxoplasmose est une maladie parasitaire fréquente et pourtant mal comprise. Son évocation véhicule bien des idées reçues qui font peur aux femmes enceintes qu’elles soient immunisées ou non d’ailleurs. Et le regard se fixe sur le chat de la maison…..culpabilisant au possible ses maîtres et le malheureux minou.

A retenir : la contamination humaine se fait par voie alimentaire ou ingestion accidentelle, jamais par des griffures de chat ou par caresse. Par ordre d’importance, les facteurs de risques viennent d’abord du contact avec la terre, de la consommation de viande crue ou pas assez cuite et des séjours dans des pays à risque sanitaire. Le chat domestique en est rarement responsable.

Revenons à l’essentiel. De bénigne la maladie devient gravissime chez un enfant contaminé au cours de sa gestation ou chez une personne immunodéprimée (VIH, greffés, transplantés). La maladie, une zoonose, est due à un protozoaire de la famille des coccidies, Toxoplasma gondii qui parasite les animaux à sang chaud, les mammifères, les oiseaux…il y a quelques dizaines d’années la plupart des femmes en âge de procréer étaient immunisées.

Or ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le nombre de femmes protégées par une sérologie positive ne cesse de baisser depuis 30 ans, conséquence des conditions sanitaires modernes de vie et d’élevage. D’où une crainte réelle et fondée et pour laquelle il faut évaluer raisonnablement les risques. Comment éviter la rencontre avec le parasite, puisque c’est bien là que réside le problème ?

Son originalité tient à son cycle de développement et à ses changements de forme, mobile ou kyste. Sa reproduction sexuée n’est possible que dans l’intestin d’un félin où il produit des millions d’oocystes rejetés ensuite dans les selles. Cette phase excrétoire ne dure qu’une quinzaine de jours et ne se renouvèlera plus durant la vie du chat. Une partie des parasites va disséminer par voie sanguine dans le corps de l’hôte et s’enkyster principalement dans le cerveau, les muscles et les yeux. Son immunité est alors acquise. Minou vit, vieillit et n’excrètera plus de toxoplasmes quoiqu’il arrive. C’est bon à savoir….

Côté oocyste, c’est une autre histoire….une fois dehors, il devient contaminant au bout de 1 à 5 jours par sporulation puis le reste plusieurs mois sur un sol humide, sur un support végétal ou dans l’eau…. Il peut alors contaminer un hôte autre qu’un félidé (animaux de ferme, oiseaux, humain….) ou se déposer sur un fruit, rester sur la terre….. Le vrai problème de la toxoplasmose est celui de l’ingestion par l’alimentation ou par intrusion buccale, mains ou ustensiles souillés par des résidus terreux ou de l’eau contaminée…Et ce problème devient crucial pour une femme enceinte non immunisée, ou ainsi qu’on l’oublie souvent, pour des personnes à immunité générale réduite, HIV ou greffées sous traitement anti-rejet.

Où trouve-t-on des oocystes ou des kystes ? Potentiellement partout dehors ! Tout peut être contaminé par la terre sur laquelle un chat fraichement infesté aura fait ses besoins durant les 15 jours cruciaux, par de l’eau qui aura véhiculé le parasite et qui se posera sur un légume….les bacs à sable peuvent être un super réservoir à microbes entre autres. Cependant la source principale de contamination vient de la consommation de viande contenant des kystes non détruits par une cuisson insuffisante ou par une congélation préalable. Celle par du lait cru est possible mais exceptionnelle, celle par les fruits de mer n’a pas été prouvée.

Comment détruire le parasite ? Cela commence par des mesures d’hygiène.

Lavage des mains et ongles avant et après manipulation d’aliments, après avoir jardiné ou touché quelque chose en contact avec de la terre. Lavage des crudités, épluchage des légumes non cuits… nettoyage des plans de travail, des ustensiles de cuisine. L’eau de Javel n’agit pas sur les oocystes, l’eau bouillante, oui.

Il faut retenir que les aliments susceptibles de contenir des kystes ou d’être souillés par des oocystes doivent être cuits à plus de 67°C ou congelés à -18°C. La pasteurisation sur les produits laitiers et fromages élimine tout danger. La cuisson par micro-ondes et la salaison ou fumaison ne sont pas efficaces. Eviter les viandes marinées, fumée ou saumurées et la charcuterie artisanale.

Bien cuire la viande, blanche ou rouge (beige rosée à cœur) : les kystes sont tués par 67 °C ou une congélation à -12° pendant 3 jours. Les produits vendus surgelés sont donc considérés sans risque.

Et le chat dans tout cela ? Doit-on s’en séparer si on est séronégative et enceinte? Absolument pas ! Il ne serait pas judicieux de créer un stress à l’animal en l’excluant de son milieu de vie habituel pour le reprendre ensuite avec un nouveau stress dû au changement et à la présence du bébé, sous peine de difficultés comportementales ultérieures. Le risque, très faible, d’une contamination venant du chat s’évalue selon l’âge et le mode de vie du chat.

Pour rappel, un chat d’intérieur ne mangeant que des boites et des croquettes industrielles ne peut contracter le parasite. Le risque de contamination initiale concerne donc plutôt des jeunes chats jamais confrontés au parasite auparavant, partis chasser à l’extérieur pour manger une proie dont la chair renfermait des kystes. Une fois excrété l’oocyste sporule au bout de 1 à 5 jours dans un milieu humide et devient contaminant. Le risque devient nul si la litière est changée plusieurs fois par semaine et le bac lavé à l’eau très chaude. Néanmoins le chat séjournant dehors n’excrète plus mais peut rapporter sur sa fourrure des kystes extérieurs parvenus à maturation avec l’humidité. Il peut se lécher en se toilettant et la femme enceinte peut le caresser, ne pas se laver les mains avant de cuisiner ou de manger… Le risque potentiel dans ce cas de figure est maîtrisable en adoptant des règles d’hygiène. Si on est inquiet faire nettoyer le bac à litière du chat par une autre personne ou mettre des gants, se laver les mains…

Peut-on câliner son chat ? Oui en respectant une certaine hygiène s’il va dehors. Les griffures de chat ne présentent pas de risque de contamination tout du moins pour la toxoplasmose.

Peut-on dépister les chats ? Sur le principe, éventuellement par une recherche d’anticorps sérologiques. Pas en pratique.

Les animaux fréquemment infectés par la toxoplasmose : Chèvres et moutons, porc, bovins, chevaux, oiseaux domestiques et sauvages sont également touchés.

Comment s’immuniser avant une grossesse ultérieure? Suivre l’inverse des conseils pour s’en prémunir, manger de la viande pas trop cuite, plutôt du mouton, du fromage de chèvre au lait cru… cependant cette prévention peut exposer à un risque de réactivation ultérieure en cas de baisse d’immunité (greffe ou VIH).

 

Réalité de la maladie : La toxoplasmose congénitale : Elle peut survenir s’il y a transmission transplacentaire d’une mère à son fœtus. Ce risque est plus faible (15%) si l’infection survient lors du premier trimestre de grossesse contre 80% lors du dernier trimestre). Mais la gravité de la maladie est plus sévère en début de grossesse pouvant déboucher sur une fausse couche : malformation cérébrale, micro ou hydrocéphalie, atteintes oculaires, hépatiques, nerveuses… En seconde moitié de grossesse les séquelles peuvent ne se révéler qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte de l’enfant et concerner la vision. Une contamination fœtale nécessite un suivi ophtalmique à vie, l’atteinte oculaire pouvant évoluer de façon imprévisible vers la cécité complète.

La toxoplasmose aigue : Elle se «réveille » chez des personnes immunodéprimées par maladie (sida) ou sous traitement immunosuppresseur. La maladie est alors principalement cérébrale, l’évolution est lente, difficile à percevoir mais est mortelle en l’absence de traitement. Le diagnostic biologique est sérologique (anticorps et recherche ADN du parasite par dosage PCR)
Sida : risque important si le taux de lymphocytes CD4 est inférieur à 100/mm3. Greffés : réactivation de kystes du receveur ou transmission de kystes présents dans le greffon. Surveillance sérologique 2 à 3 fois/ an.

Suivi d’une femme enceinte séronégative en début de grossesse. Des dosages répétés des immunoglobulines marqueuses sont effectués toutes les 3 semaines pour détecter une éventuelle séroconversion signalant une contamination récente de la mère. Si elle survient, la datation de l’infection détermine le risque de transmission au fœtus, la gravité des complications ainsi que le traitement dépendent de cette datation.

Stratégie thérapeutique : Le traitement est instauré dès la séroconversion établie suivi par la recherche d’une possible transmission au fœtus sur le liquide amniotique avec recherche PCR (enrichissement de l’ADN du parasite). Le traitement antibiotique pourra être poursuivi pendant un an chez l’enfant qu’il soit ou non contaminé.

Quelques chiffres :

La proportion de chat ayant été en contact avec le parasite est en baisse régulière : 60%

Moins de 45% de la population humaine est infectée et ainsi porteuse de kystes. (30% en Amérique du Nord, Scandinavie, Asie du sud-est, Grande-Bretagne, en France 80% dans les années 60 et maintenant moins de 50% avec des différences géographiques, 60% en Afrique et Amérique Latine). On constate plus de séropositifs là où il y a une consommation plus régulière de viande de mouton.

Il y a en France 2700 infections/an chez des femmes enceintes non protégées. Soit un à trois cas pour 1000 naissances. Soit 600 cas de toxoplasmose congénitale/an ainsi que 200 cas /an de toxoplasmose cérébrale chez des patients VIH.